• Un amour brûlant,
    une perte dévastatrice,
    Lennie lutte pour trouver sa propre mélodie.
    Alors que Bailey, sa soeur, sa meilleure amie, vient de mourir, comment continuer ?
    A-t-elle le droit de plaire, elle aussi ?
    De désirer Toby ? D'être heureuse, sans Bailey ?
    Et comment ose-t-elle rire encore ?
    Parfois, il faut tout perdre pour se trouver.

    un hymne à l'amour, à la vie, à la musique, à la nature et à l'écriture !



    Le ciel est partout / Jandy Nelson




    Je vous l'accorde, le résumé fait midinette à mort. C'est le genre de livre auquel je ne porte pas trop d'attention d'habitude, mais ma collègue me l'a filé en disant qu'elle avait pleuré toutes les larmes de son corps lors de la lecture, du coup ça m'a intrigué (mais vu qu'elle est enceinte et que ça affole les hormones, je me méfiais quand même un peu)

    Donc je l'ai lu, ce fichu bouquin.
    Et j'ai pris une grosse claque.
    Voilà.

    Je pourrais en rester là et vous laisser trépigner d'impatience pour finalement vous ruer dans votre librairie préférée pour acheter ce roman, mais je ne suis pas vache, je vais tout de même vous exposer les raisons pour lesquelles  j'ai aimé - non, adoré - ce bouquin.

    Déjà, le sujet. Deuil d'une grande soeur idolâtrée, la difficile reconstruction derrière, la souffrance et la culpabilité... L'auteur traite de tout ceci avec pudeur et sensibilité, et on ressent bien cette douleur qui poignarde Lennie à chaque jour qui passe sans Bailey.

    Ensuite, le personnage principal - Lennie. Depuis la mort de sa soeur, elle griffonne partout des poèmes, des impressions, des souvenirs... Sur une semelle de chaussure, un gobelet, sur un mur ou gravé sur un banc... Ses petits textes émaillent le récit, par petites touches délicates. Parce qu'il y a un vide en elle, parce quand Bailey est partie c'est comme si l'horizon avait été aspiré, Lennie ne parle plus à personne, ne joue plus de clarinette, n'existe plus...
    Dans sa douleur, elle se rapproche de Toby, le fiancé de Bailey, chacun cherchant à travers l'autre un souvenir, une ombre déjà partie. Mais quand Lennie rencontre Joe, comment gérer ce retour à la vie ?...  Et surtout comment gérer cette découverte, à savoir qu'elle peut vivre sans sa soeur, alors qu'elle qu'elle se comparait à "un poney de compagnie à côté d'un pur-sang", toujours la seconde, toujours en admiration devant la plus grande ?

    Les personnages secondaires sont fameux, et tous plus faferlus les uns que les autres. Lennie vit chez sa grand-mère et son oncle, et comme famille hippie  et antie-conformiste on ne fait pas mieux : Manou, un peu guérisseuse, peintre à ses heures, qui est persuadée que l'aspect de la plante dans le salon décrit l'état émotionnelle de Lennie ; Big, l'oncle fumeur de joints, un brin scientifique-loufoque et tombeur de ces dames. Gravitent autour de cette famille Sarah la meilleure amie au look gothique-country, Joe qui a toujours la patate et ne cligne pas des yeux mais "bat des cils"... Et tant d'autres...

    On en vient au final au style d'écriture, qui est une pure merveille. Vraiment, je crois que c'est ça qui m'a le plus plu. L'auteur arrive à rendre poétique et merveilleux les instants les plus banals de l'existence de Lennie, des phrases comme jetées sur la page en écriture spontanée. Un exemple :
    "Joe peine à masquer son adoration pour son frère et ça me fait l'effet d'un coup de marteau sur la tête. C'était pareil pour moi : quand je présentais Bailey à quelqu'un, j'avais l'impression de faire découvrir l'oeuvre d'art la plus rock'n roll du monde"

    Ça foisonne d'idées, c'est beau et c'est triste, on s'envole avec ce roman et on a du mal à atterrir derrière. Je pourrais encore vous en tartiner des paragraphes complets comme ça, mais j'ai peur de vous lasser (si ce n'est déjà fait) alors pour conclure : si vous souhaitez lire un bon roman qui vous emporte comme une feuille au vent, ce livre est fait pour vous.


    Le ciel est partout
    Jandy Nelson
    Editions Gallimard
    Collection Scripto
    11€

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  • "La juge soupire. Me dit qu'on va s'arrêter là pour aujourd'hui. Me demande de me lever. Debout, face à elle, j'ai les yeux rivés au sol. Elle me parle de la peine que prévoit le Code pénal pour les faits qui me sont reprochés. Sept ans et demi de prison. Je voudrais dire encore une fois que je n'ai rien fait. Leur vérité n'est pas la mienne. Je reste muet.
    Sa voix m'exile. Je suis mis en examen. Le juge des libertés décidera de mon placement en détention provisoire. Mandat de dépôt.
    Ils m'envoient en prison. Ils disent que j'ai violé. Violé la loi."

    La soirée s'annonce bien pour Rodrigues : fête de la musique, bière et rock'n'roll... Et puis ce concert avec Aurélie, qui semble ne chanter que pour lui. Des regards qui s'échangent, l'alcool qui aide, des envies plein les yeux... Une nuit qui tient ses promesses.
    Rodrigues est heureux.
    Jusqu'au lendemain, où le cauchemar commence...



    Les carcérales / Magali Wiéner




    On reçoit le récit de ce jeune homme comme une claque dans la figure, et on doute : quelle est la vérité ?
    Sa vérité à lui, que son amie lui aurait laissé entendre qu'elle était d'accord pour faire l'amour ? Sa vérité à elle, qui soutient qu'il l'a violée, et qu'elle était trop faible et lui trop fort pour qu'elle puisse se débattre ? A chacun d'en juger.
    Impressionnante histoire, qui nous place du côté du "méchant", un garçon en pleine puberté qui ne comprend pas trop ce qu'on lui reproche, et qui se perd dans toutes les déclarations qu'on lui fait remplir "pour la procédure".
    Un garçon qui peu à peu va prendre conscience du mal qu'il a fait involontairement, passant de l'étonnement à la colère, puis à l'apitoiement.

    Envoyé en prison pour mineurs en attendant que son acte passe en jugement, il fera connaissance avec la violence, et sera protégé par Wall, caïd noir qui a été envoyé en prison parce qu'il a tué "un Blanc qui voulait se faire un Noir". Wall, à l'histoire étonnante et cruelle...

    J'ai beaucoup aimé les paroles de deux des jurés, à la fin :


    "Vous croyez qu'après cet évènement, il va savoir aimer une femme ? Comment fera-t-il pour savoir si elle veut ou pas ? Parce que ce soir-là, il était sûr qu'elle voulait et son erreur lui a coûté les assises. Moi, je pense qu'il faut qu'il se fasse aider par des professionnels."
    "J'éprouve de la compassion pour ce jeune, et à l'opposé, je pense à Aurélie qu'il a fait souffrir, qui va conserver des séquelles... Pour qui doit-on avoir le plus de compassion ? Et comment fait-on si on en éprouve pour les deux ? Tous deux en appellent  à notre mansuétude : elle, pour se refaire, aimer à nouveau et revenir au chant ; lui pour être un homme responsable et libre. Je voudrais satisfaire les deux. Aucun ne doit sortir du procès avec le sentiment d'une justice mal taillée. Faut-il punir sévèrement et rétablir la dignité de la victime mais prendre le risque de briser un homme jeune ? ou croire en la perfectiblité, en la rédemption des fautes, et ne pas envoyer le coupable en prison en laissant la victime isolée dans sa souffrance ?"

    Un récit intense plein de violence, où rien n'est tout blanc ou tout noir, posant la question du bien-fondé des prisons et du système judiciare.

    Les carcérales
    Magali Wiéner
    Editions Milan Jeunesse
    Collection Macadam
    10,50 €

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  • "Princes d'à côté, venez ! Accourez ! Ma fille est à marier ! Elle est jolie, douce et aimable et dort très bien sur des petits pois."
    La princesse les vit donc arriver, ces princes d'à côté. En file sur le chemin, un à un, ils baisèrent sa main. Mais non, vraiment, merci bien, aucun d'entre eux ne lui disait rien !



    La princesse qui n'aimait pas les princes / Alice Brière-Haquet & Lionel Larchevêque




    J'ai eu vraiment un coup de coeur pour cette petite histoire destinée aux enfants de six ans. Voilà un livre qui tord le cou aux récits conventionnels à l'eau de rose où "ils se marièrent et eurent plein d'enfants"...
    Le roi aimerait que sa fille se marie, et envoie donc des invitations au quatre coins du monde pour inviter les princes à venir séduire la jeune fille. Mais la princesse en question ne les trouve vraiment pas à son goût.
    En désespoir de cause, le roi demande à la fée de venir : elle résoudra forcément son problème ! Seulement, ce qu'il n'avaiit pas prévu, c'est que la princesse et la fée tomberaient amoureuses l'une de l'autre...

    Et voilà comment avec un petit texte tout simple et joliment illustré on enseigne aux enfants que l'amour peut revêtir différentes formes ; comme l'auteur le dit si bien à la fin :

    "Elles ne purent pas vraiment se marier, et pour faire des bébés ce fut un peu plus compliqué...
    Mais toutes les deux, elles vécurent très heureuses. Et c'est ainsi que doit s'achever tout véritable conte de fée."



    La princesse qui n'aimait pas les princes
    Alice Brière-Hachet & Lionel Larchevêque
    Editions Actes Sud Junior
    7,50 €

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  • Rachel a neuf ans, une institutrice humiliante, des parents vaches et une copine garce. A neuf ans, on est puni quand on donne son avis. On peste quand les parents gloussent. On glousse quand les parents pestent. On découvre aussi de nouvelles sensations bizarres...
    Cette grande petite fille dissèque son monde avec un regard drôle et acerbe dont la maturité étonne, amuse, choque. De fous rires en conflit, elle explore l'impitoyable monde de l'enfance, celui des irrépressibles balbutiements sexuels, des mesquineries blessantes et des premiers clivages politiques. Un monde qui mène, parfois trop vite, vers celui des adultes...



    Du vent dans mes mollets / Raphaële Moussafir




    Un livre frais et drôle qu'on lit avec le sourire aux lèvres. (Non, en fait j'avoue, j'ai souvent rigolé en lisant ce bouquin, et vous avez pas l'air tarte dans le bus, à vous bidonner toute seule)

    Depuis la rentrée, Rachel dort toute habillée et avec son sac d'école ; ses parents l'envoient donc chez une pédo-psychiatre. Pendant ces séances, Rachel va lui déballer sa vie de petite fille ordinaire, à la fois maligne et naïve.
    Un récit joliment décousu, avec ses réflexions sur ses parents, ses petits camarades, sur la vie en général, tout cela porté par une verve rafraîchissante.

    Ca nous replonge directement en enfance, et on referme ce livre avec un petit pincement au coeur - l'enfant qui est toujours en nous et qui se manifeste pour nous rappeler toutes nos bêtises et toutes nos interrogations d'alors.

    En cadeau, voici un petit passage entre Rachel et sa psy :

    "[...] j'ai confessé à Madame Trebla qu'en ce moment, avec Hortense, on martyrisait une madame Courtecuisses tous les mercredis, qu'on avait choisi son numéro dans l'annuaire et que, régulièrement, on lui téléphonait pour savoir ce qu'il y avait entre ses deux courtes cuisses justement [...]
    Pour la première fois je me suis retrouvée dans le bureau de Trebla à rigoler toute seule et à parler comme si elle était pas là. Et tout d'un coup, je me suis arrêtée de rire parce que je me suis souvenue qu'elle était là et surtout je me suis souvenue que j'avais pas l'impression qu'elle ait rigolé une seule fois. Je pense que dans ces moments-là madame Trebla réfléchit et qu'elle se demande si elle a fait Bac + 100 pour entendre une petite fille lui raconter des blagues téléphoniques débiles ou pour écouter des gens très intéressants lui parler de la mort, de la faim, et du suicide."



    Franchement, ça ne vous semble pas géant ?

    Du vent dans mes mollets
    Raphaële Moussafir
    Editions Intervista
    Collection Les Mues
    13, 50 €

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  • "J'ai appris quelque chose de crucial : l'amour, le vrai, ne se mérite pas, il se donne et se reçoit. Un peu comme un cadeau. Ça s'appelle Tomber Amoureux. Quand quelqu'un Tombe Amoureux de vous et qu'il vous fait ce cadeau, vous pouvez lui faire le même cadeau en échange. Mais c'est pas obligé."

    Être aimé. C'est tout ce à quoi aspire le héros de ce roman, orphelin de naissance. Lorsqu'il apprend qu'il a un Q.I. exceptionnel, il croit découvrir l'équation idéal : pour être aimé, il faut réussir. Alors, il réussit - internat, hautes études, fac de médecine. Grâce à
    "l'Etat, son parent qui l'aime", il finit major de sa promo. Mais un jour, il comprend que l'équation est fausse... Tout son système s'écroule, et lui avec. Il entre dans un café au hasard, et rejoint les siens. Les Désespérés.

    Aimez-moi, maintenant / Axl Cendres

     


    Un très beau roman sur la quête de l'amour et de la reconnaissance d'autrui. Avec un ton à la fois naïf et facétieux, le narrateur nous fait part de son histoire, de ses doutes et de ses reflexions. On se laisse séduire par ce jeune homme orphelin, paumé et mal préparé pour la vie, et l'on s'attache à la joyeuse bande de piliers de bar qu'il rencontre : Marc, qui se fait appeler Marco parce qu'ainsi les filles le pensent italien ; Sabrina qui ne peint que des gens qui dorment ; l'Ecrivain-de-mes-deux qui apprend au héros à jouer aux échecs... et tant d'autres encore, qui forment une galerie haute en couleurs que le narrateur examine avec un regard quasi clinique et dans laquelle il se noie avec délice, pour mieux oublier sa propre déveine.

    Le texte est émaillé deci-delà de petites infos en vrac. On apprend tout sur la douve du foie, l'origine des échecs, la finalité des espèces... Et franchement, c'est sympa, c'est tout frais, ça fait plaisir à lire !

    Un beau texte publié chez Sarbacane, dans la collection Exprim' qui s'adresse aux 15-25 ans. Ce serait franchement dommage de passer à côté.

     

    Aimez-moi, maintenant
    Axl Cendres
    Editions Sarbacane
    Collection Exprim'
    9€

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